L’eau de pluie non potable ?

PAR NATHALIE CHÈVRE

La pluie

« L’eau de pluie est impropre à la consommation ». Cette information, vous avez peut-être pu la lire dans les médias récemment.

Les auteurs de l’étude citée ont rassemblé les données mesurées par différents chercheurs depuis 2010, ceci aussi bien en Chine, qu’aux États-Unis ou en Suède. Ces données montrent que les concentrations en substances perfluorées dans l’eau de pluie sont la plupart du temps largement en dessus des normes fixées pour l’eau potable aux États-Unis.

L’eau de pluie se charge des polluants présents dans l’atmosphère

Le fait que l’eau de pluie soit polluée n’est pas une découverte. En passant dans l’atmosphère, l’eau la lave des poussières et polluants qui s’y trouvent et se charge ainsi de ces substances.

L’eau de pluie est donc un vecteur non négligeable de substances chimiques. C’est le cas par exemple pour les PCBs. Cancérigènes et perturbateurs endocriniens, cette famille de substances est interdite depuis les années 1970. Comme ils sont très persistants dans l’environnement, on en retrouve toujours des traces dans les poussières atmosphériques, et donc dans l’eau de pluie. C’est le cas également d’autres polluants organiques persistants tout aussi problématiques tels les polybromés, utilisés comme retardateurs de flamme.

Mais c’est également le cas de pesticides, comme l’atrazine. En 1996, des concentrations allant jusqu’à 4,6 microgrammes d’atrazine part litre d’eau de pluie avaient ainsi été mesurées en Bretagne. C’est 460 fois plus que la limite acceptée pour l’eau potable qui est de 0.1 microgramme/L. Heureusement, l’étude suivante, effectuée en 2000, montraient que les concentrations avaient baissé. Ceci en raison de la baisse de l’utilisation de ce pesticide.

On peut cependant se demander ce qu’il en est pour d’autres pesticides toujours utilisés. Il y a malheureusement très peu d’études sur ce sujet.

L’eau de pluie se charge des polluants présents sur les surfaces urbaines

Mais ce n’est pas tout ! Une fois tombée sur le sol, l’eau de pluie peut à nouveau être contaminée. En ruisselant sur les surfaces urbaines (toitures, routes, parkings, terrains de sports, etc.), elle emporte avec elle les différents contaminants qui s’y trouvent comme les métaux lourds, les hydrocarbures ou les pesticides. Même si les concentrations en polluants y sont généralement faibles, ces eaux de ruissellement représentent des volumes importants qui contribuent à polluer le milieu naturel.

Une solution en cours de déploiement dans les villes est de désimperméabiliser les surfaces (notamment en réintroduisant des surfaces enherbées) et d’infiltrer l’eau de pluie au plus près de l’endroit où elle tombe. Cette pratique permet de limiter le « lessivage » des polluants : l’eau ruisselle moins donc elle entraine moins de contaminants. Cette « gestion à la source » des eaux pluviales a également bien d’autres avantages… mais c’est un autre sujet !

L’eau de pluie contribue à la pollution des lieux les plus isolés

L’eau de pluie n’est donc pas pure. Et pourrait même être problématique pour la santé si elle est consommée régulièrement. A la question de savoir si on peut cuisiner ou boire de l’eau de pluie, le gouvernement français répond d’ailleurs : « Non, il est strictement interdit de récupérer l’eau de pluie pour la consommer, car elle est contaminée. En effet, l’eau de pluie présente une contamination chimique, après ruissellement sur le toit. »

Nous ne pouvons donc pas consommer cette eau. Mais quand est-il de son impact sur l’environnement ?

En effet, la pluie va rejoindre les sols et les rivières et y déposer les polluants. Ceci dans toutes les régions du monde, même celles peu influencées par la pollution directe des ménages, de l’agriculture et des industries.

Une équipe de chercheurs, dans une étude publiée en juillet 2022, ont ainsi détecté un cocktail de 151 substances chimiques dans des lacs des Pyrénées françaises. PCBs, insecticides, fongicides, et même le DEET, un répulsif pour moustiques et insectes en général.

Étonnant et inquiétant, c’est l’insecticide diazinon, interdit depuis 2007 en France, qui pose le plus grand risque pour les invertébrés aquatiques.

Les auteurs de l’étude suggèrent que ces lacs puissent être en partie pollués par le tourisme et le bétail qui pâture dans la région. Cependant, les dépositions sèches de poussière et la pluie apportent certainement également leur contribution.

On le sait maintenant, aucune région du monde n’échappe à la pollution chimique. Et certaines substances persistent très longtemps après leur émission.

Heureusement, les effets des décisions politiques ont des effets bien visibles. Comme dans le cas de l’atrazine cité plus haut. Ou encore pour les perfluorés trouvés dans l’eau de pluie, qui ont diminué depuis 22 ans selon les auteurs de l’étude.

La direction est donnée.

Nathalie Chèvre, écotoxicologue

Article posté le 1er septembre 2022 par Nathalie Chèvre, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, Suisse.

Références :
-Cousins et al. 2022. Outside the Safe Operating Space of a New Planetary Boundary for Per- and Polyfluoroalkyl Substances (PFAS). Environmental Science and Technology.
-Machate et al. 2022. Complex chemical cocktail, containing insecticides diazinon and permethrin, drives acute toxicity to crustaceans in mountain lakes. Science of the Total Environment.

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4 commentaires

  • pssst008

    Merci pour cet article, lequel me laisse tout de même une interrogation de taille. Il est fait mention des lacs contaminés. En conséquences est-il plus judicieux de boire l’eau de pluie du réseau, pompée dans le lac ou de boire son eau de pluie, dûment filtrée avec notamment filtres à sédiment et cartouche de charbon bloc?
    L’article n’évoque pas les microplastiques au sujet desquels nous entendons beaucoup de choses et leur contraire. Ceux-ci ont-il déjà été retrouvés dans de l’eau de pluie? ou au contraire, les microplastiques ne s’évaporent pas, et on ne les retrouve que dans les eaux et autre matières (sables, terre etc…) après ruissellement?
    Je me réjouis de lire vos réponses!

    • Nathalie Chèvre

      Bonjour, merci pour vos questions.
      D’abord concernant la consommation d’eau provenant d’un lac ou de l’eau de pluie. L’eau que l’on trouve au robinet et qui provient des eaux de surface (lac ou rivière) a normalement été traitée avec des filtres adéquats qui éliminent une partie importante des micropolluants. Il est possible de se renseigner sur ces traitements et les valeurs de substances résiduelles dans l’eau potable après traitement, ceci auprès des distributeurs d’eau.
      Lorsque vous traiter de l’eau de pluie, vous pouvez arriver au même résultat. Il faut cependant des filtres adéquats et surtout entretenus. En effet, les filtres se chargent en polluants et deviennent inefficaces avec le temps. De plus, des bactéries peuvent se développer dans ses filtres sans entretien. Il convient donc d’être vigilant avec ce type de procédé. Et je dirais qu’il faudrait aussi vérifier son efficacité avec des analyses chimiques.
      Concernant les microplastiques dans les eaux de pluie, il y a encore peu d’études sur le sujet. Cependant un groupe de recherche américain a montré en 2020 qu’il pleut chaque année plus de 1000 tonnes de plastiques sur l’ouest des Etats-Unis. Soit l’équivalent de 120 millions de bouteilles en plastique! C’est énorme.
      Source: https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/pollution-plastique-il-pleut-plastique-etats-unis-81512/

  • Nathalie Challandes

    Merci pour votre article et les références bibliographiques. Me voici informée, mais qu’en est-il des solutions pour utiliser l’eau de pluie récupérée pour arroser mon jardin potager. En d’autres termes, quels sont les moyens dont dispose le citoyen pour remédier à son échelle à cette pollution?

    • Nathalie Chèvre

      Bonjour, sans réelle base scientifique pour soutenir mon propos, je dirais qu’arroser avec de l’eau de pluie récupérée ne pose pas de réels problèmes puisque cette eau tombe aussi sur les sols. Par contre, le problème peut venir des contenants. Par exemple les récipients en cuivre peuvent enrichir les sols en cuivre, métal toxique pour les organismes en dessus d’un certain seuil. Les récipients en plastique peuvent aussi amener des polluants supplémentaires dans l’eau d’arrosage, surtout si le récipient est exposé au soleil. Mais à nouveau, je ne connais pas d’études sur le sujet.

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