Lutte contre le changement climatique : la situation en 2020
Entre espoirs et désillusions, où en-est la lutte contre le changement climatique ? La crise du Coronavirus est-elle le coup de grâce pour le climat ou bien l’opportunité de mettre enfin la politique climatique sur de bons rails ?
I. QUELQUES SIGNES D’ESPOIR
L’accord de Paris, entré en vigueur le 4 novembre 2016, a permis une réelle prise de conscience des enjeux par le grand public, ce dont témoignent les nombreuses mobilisations citoyennes à travers le monde, dont la jeune Greta Thunberg est le symbole.

Cet accord a également donné un élan à de nombreuses initiatives, notamment dans le secteur privé. Plusieurs grandes entreprises ont annoncé des plans ambitieux de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre et de désinvestissement dans les énergies fossiles. C’est le cas notamment de Nestlé, Danone, Apple, McDonald’s et même du pétrolier Total qui s’est engagé a devenir neutre en carbone en 2050.
Autre évolution positive : la quantité de CO2 émise par point de PIB a diminué d’un tiers dans le monde depuis 1990, et a baissé de 2,5 % par an en moyenne entre 2013 et 2017. Concrètement, cela signifie que la croissance des émissions de gaz à effet de serre est moins rapide que celle du PIB mondial. La réduction est particulièrement forte pour la Chine (- 63 %), pays au niveau historique particulièrement élevé, mais aussi pour l’Union européenne (- 51 %) et même pour les États-Unis (- 47 %) (CGDD, 2019).
Enfin, au niveau politique, la nouvelle Commission européenne présidée par Ursula Von der Leyen a affiché la volonté de faire de la lutte contre le réchauffement climatique la priorité de sa mandature. Cette dernière devrait se caractériser par la mobilisation de plusieurs politiques économiques climatiques d’envergure dont un plan d’investissement massif dans la transition écologique (European Green new Deal) et la création d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe (OFCE, 2020).
II. MAIS LES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE CONTINUENT DE GRIMPER
Malheureusement, ces quelques signaux positifs pèsent bien peu par rapport à la réalité des faits. Alors qu’il faudrait que les émissions mondiales baissent, elles ont au contraire augmenté de 1,5 % par an au cours de la dernière décennie, et de 4 % depuis l’accord de Paris sur le climat (UNEP, 2019) !

En effet, pour la seule période 2015-2018, les émissions des principales économies mondiales se sont avérées bien supérieures aux engagements déterminés au niveau national suite à l’accord de Paris. La France, par exemple, est loin d’être un modèle puisqu’elle a dépassé de 4,5 % le budget carbone qu’elle s’était fixée en 2018. Depuis, le gouvernement d’Édouard Philippe a acté une hausse du budget carbone prévu pour la période 2019-2023 (422 millions de tonnes eq CO2 au lieu de 398 millions prévus dans la loi LTECV de 2015) : il est plus simple de rabaisser les objectifs plutôt que de les atteindre…
III. POURQUOI CET ÉCHEC DE L’ACTION CLIMATIQUE ?
D’abord parce que mis à part quelques actions symboliques et objectifs de long terme, les gouvernements ne mettent pas en place les mesures concrètes qui infléchiraient la courbe des émissions de gaz à effet de serre… sans parler des États-Unis qui se sont tout simplement désengagés de l’accord de Paris.
Ensuite, parce que le secteur financier, derrière les beaux discours, finance toujours massivement les énergies fossiles, au dépend des énergies « bas carbone ». D’après le rapport « Banking On Climate Change », 35 banques américaines, canadiennes, chinoises, européennes et japonaises ont financé les énergies fossiles à hauteur de plus de 2 700 milliards de dollars entre 2016 et 2019. Pire, ce financement est en constante augmentation depuis l’adoption de l’Accord de Paris. Parmi elles, les françaises BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et Natixis (filiale du groupe Banque populaire Caisse d’Épargne) ont financé le charbon, le pétrole et le gaz à hauteur de 124 milliards d’euros depuis 2016 (Rainforest action network, 2020).
Enfin, parce qu’au delà de la prise de conscience, le comportement de la majorité des citoyens évolue peu. L’empreinte carbone moyenne des français reste relativement stable (et haute) depuis 1995 (CGDD, 2020) et malgré quelques « poussées vertes » notamment lors de l’élection européenne de 2019, on semble loin de l’élection d’un(e) président(e) plaçant le changement climatique (ou plus globalement l’écologie) en priorité.
Lire aussi | Politique climatique : quelles sont les mesures les plus efficaces ?
IV. TOUT DROIT VERS UN RÉCHAUFFEMENT DE + 3°C
Selon le Climate Action Tracker, les engagements pris jusqu’à présent par les pays dans le cadre de l’accord de Paris nous entrainent vers un réchauffement d’environ 2,8 °C en 2100. Mais comme on a vu que l’ambition des politiques effectivement mises en œuvre était pour l’instant sensiblement inférieure aux annonces initiales, on peut craindre que le monde ne se dirige vers un monde encore un peu plus chaud, de l’ordre de 3°C (CAT, 2019).
Bien sûr, les modélisations comprennent encore de nombreuses incertitudes, et le réchauffement pourrait être moins élevé que prévu (+2,3 °C) mais aussi plus élevé (+4,1°C)… et on n’ose à peine évoquer cette étude du CNRS, du CEA et de MétéoFrance qui parle d’un réchauffement pouvant atteindre 7°C d’ici la fin du siècle selon le scénario le plus pessimiste ! (Météofrance.fr, 2019)
Que se passerait-il si le monde arrêtait aujourd’hui toute émission de gaz à effet de serre ?
Les trois gaz contribuant le plus au réchauffement climatique, à savoir le CO2, le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O), sont stables chimiquement et persistent dans l’atmosphère à l’échelle de la décennie, du siècle, voire plus longtemps encore. Ceci confère à leur émission une influence à long terme sur le climat (GIEC, 2007b). Ainsi, même si nous arrêtions aujourd’hui toutes émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, il faudrait plusieurs centaines d’années pour retrouver une température « normale » de la Terre.
Cependant, les émissions humaines déjà présentes dans l’atmosphère ont peu de chances d’engendrer un réchauffement de 1,5°C en 2100 (= notre « budget carbone 1,5°C » n’est pas encore totalement consommé)… donc tout dépend des émissions à venir ! (Citoyenspourleclimat.org, 2019)
V. L’IMPACT DE LA CRISE DU CORONAVIRUS
Une baisse de 8 % des émissions de gaz à effet de serre en 2020
2020 devait être une année cruciale dans la lutte contre le réchauffement climatique avec en point de mire la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Glasgow qui visait à inciter les pays à renforcer considérablement leurs engagements.
Elle l’est, mais pour une autre raison, que vous avez bien sûr en tête… Alors que selon les prévisions, les émissions de gaz à effet de serre devaient augmenter d’environ 1 % par rapport à 2019 (Carbon Brief, 2020), elles devraient selon les estimations de l’Agence Internationale de l’Énergie, décroître d’environ 8 %*, ce qui correspond à 2 600 millions de tonnes de CO2 évitées (IEA, 2020). Il s’agirait de la baisse la plus importante jamais enregistrée, bien au delà de celle observée pendant la crise économique de 2008, la grippe espagnole ou la seconde guerre mondiale.

Au plus fort de la crise, le monde a émis autant de CO2 qu’en 2006
Selon une étude parue dans la revue Nature Climate Change et traduite par The Conversation, « Début avril 2020, au plus fort de la crise, le recul de l’activité mondiale a entraîné une baisse de 17 % des émissions quotidiennes mondiales (et 34 % en France) par rapport à la moyenne quotidienne de 2019. Au cours de cette période, les émissions quotidiennes totales auront été similaires à celles observées en 2006. Le fait que le monde émette autant, dans des conditions de confinement strict, qu’il y a 14 ans, dans des conditions normales, souligne la croissance rapide de nos émissions de CO2 ces dernières années. »
*Les émissions de CO2 devraient baisser entre 2 % à 13 %, selon les différents scénarios de pandémie et les incertitudes relatives aux données (The Conversation, 2020)
Une opportunité pour accélérer l’action climatique ?
Bien sûr, personne de peut se réjouir d’une réduction de la pollution dans des circonstances aussi dramatiques… mais cette crise sanitaire peut être l’opportunité (la dernière ?) de mettre enfin la lutte contre le changement climatique sur de bons rails.
Tout d’abord parce que cette baisse remet temporairement le monde sur une trajectoire compatible avec les objectifs de l’accord de Paris. Selon les Nations Unies (UNEP, 2019), il faut en effet que les émissions globales diminuent :
- de 2,7 % par an entre 2020 et 2030 pour être dans les clous du réchauffement de 2°C
- et de 7,6 % par an pour limiter le réchauffement à 1,5°C.
Ensuite parce que cette crise est l’occasion de réfléchir au monde d’après. Nous avons appris à travailler à domicile, « à faire sans » les déplacements professionnels, à réduire notre consommation de biens et services, à relocaliser certaines productions industrielles, à mettre en place des chaines de solidarité… Bien sûr, personne ne souhaite une vie « en état de confinement », mais il faut tirer bénéfice de ces expériences pour construire un monde plus respectueux des autres et de notre planète.
Les plans de relance de l’économie sont également l’opportunité pour les gouvernements d’investir dans la transition écologique en créant des emplois d’avenir, de tourner le dos aux énergies fossiles (malgré un prix du pétrole et du gaz historiquement bas) et d’imposer des contreparties sociales et environnementales aux grandes entreprises qui seront aidées, telles que l’obligation de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.
0,2 % !
C’est la proportion des dépenses totales liées aux coronavirus par les 50 plus grandes économies du monde qui a été allouée aux politiques « vertes », selon Bloomberg green. Un mauvais signal pour la lutte contre le changement climatique … mais la véritable opportunité se présentera lorsque les gouvernements sortiront « du mode catastrophe » et commenceront à planifier de véritables plans de relance économique.
Espérons à ce titre que la France saura s’inspirer du « Plan de transformation de l’économie française » en cours de préparation par l’association The Shift Project. Cette expérience nous a en tant cas montré qu’il est possible pour les États de prendre des mesures radicales et coûteuses face à un danger imminent et que celles-ci soient acceptées par la population.
Bref, cette crise est « le moment » de tout faire pour que l’année 2019 reste à jamais le pic mondial des émissions de CO2. Reste aux États, aux banques, aux entreprises et aux citoyens à se saisir de cette opportunité.

Article rédigé par Vivien Lecomte, 12 juin 2020 – Ecotoxicologie.fr, tous droit réservés
EN SAVOIR PLUS
–L’empreinte carbone des français reste stable – Commissariat Général au Développement Durable (CGDD) – janvier 2020
–Covid et baisse des émissions de CO₂ : une nouvelle étude fait le point secteur par secteur – The Conversation France – mai 2020
–Global Energy Review 2020, The impacts of the Covid-19 crisis on global energy demand and CO2 emissions – Agence Internationale de l’Energie – mai 2020
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Il se vend près de 6 shampoings chaque seconde en France soit près de 200 millions de bouteilles par an
Les produits d’entretien classiques contiennent des tensioactifs (appelés aussi agents de surface ou détergents) qui permettent d’éliminer les graisses et autres salissures à la surface de matériaux. Les détergents anioniques (charge négative) et amphotériques (dont la charge dépend du pH de l’eau) sont particulièrement présents dans les produits nettoyants, en raison de leurs propriétés nettoyantes et moussantes
Les phtalates, produits à quelque 6 millions de tonnes par an dans le monde
20 millions de lave-linge tournent en France chaque jour en moyenne
La France est le 4ème consommateur mondial de médicaments : plus de 3000 médicaments à usage humain et 300 médicaments vétérinaires sont actuellement disponibles sur le marché français. Une fois que ces substances ont agi dans l’organisme, elles sont excrétées, essentiellement dans les selles et les urines, puis relarguées dans les réseaux d’eaux usées (médicaments humains) et dans les sols (médicaments vétérinaires). Une partie de ces résidus de médicaments se retrouvent donc d’une manière ou d’une autre dans le milieu aquatique. Des traces de ces composés sont d’ailleurs régulièrement détectées dans les eaux de surface et même dans les eaux de nappe
On estime que 4000 à 6000 tonnes d’écran total sont libérées chaque année dans les zones de récifs tropicales par les 78 millions de touristes qui s’y rendent
En raison de son faible coût, l’huile de palme est, depuis quelques années, très utilisée dans l’alimentation: elle est présente dans 1 produit alimentaire empaqueté sur deux vendus en Europe (chips, biscuits, crème glacée, etc.). Or, la plantation de palmiers est à l’origine de déforestation, notamment en Indonésie. Dans ce pays, 3 millions d’hectares de forêt tropicale ont été détruits à cet effet entre 1990 et 2005 et le gouvernement prévoit un plan d’expansion des plantations de palmiers à huile de 14 millions d’hectares. La conversion des forêts en palmiers à huile a montré une perte de 80 à 100% des espèces de mammifères (dont l’orang-outan), reptiles et d’oiseaux dans ces zones
Les animaux se nourrissent d’aliments (céréales, petits animaux, etc.) contenant différents polluants. Au fil du temps, ces derniers s’accumulent dans l’organisme de l’animal et en particulier dans les graisses (phénomène de bioaccumulation). Ainsi, une étude de 2010 a révélé la présence de nombreux pesticides et de PCB dans du saumon et du steak haché achetés dans des supermarchés de la région parisienne
Tout comme les fruits et légumes, le riz peut contenir différents polluants tels que des pesticides, en particulier s’il est issu d’une agriculture intensive classique (non « bio »). Ainsi, une étude de 2010 a révélé la présence d’isoprothiolane et de tricyclazole, 2 pesticides interdits d’usage en Europe, dans du riz acheté dans des supermarchés de la région parisienne
L’eau du robinet est globalement de bonne qualité en France et les normes en vigueur sont généralement respectées
Les fruits et légumes issus de l’agriculture intensive « classique » (c’est à dire non « bio ») contiennent des mélanges à faibles doses de substances chimiques classées, par les instances officielles, cancérogènes certaines, probables ou possibles ou soupçonnées d’être perturbatrices du système endocrinien. C’est ce qu’illustre notamment une étude de 2010 qui a révélé la présence de nombreux pesticides dans des produits achetés dans des supermarchés de la région parisienne
Le lave-vaisselle est généralement moins consommateur en eau (12 L) que le lavage à la main qui dépend beaucoup du manipulateur (10 à 50 L)
Le liquide vaisselle est un détergent composé d’agents nettoyants appelés tensioactifs, mais aussi de colorants, conservateurs et parfums de synthèse. Bien que les tensioactifs ont l’obligation d’être biodégradables à 90%
Les composés perfluorés (PFC), tels que le téflon, ont la propriété de repousser l’eau, les matières grasses et la poussière. Ils sont ainsi utilisés comme antiadhésif dans de nombreuses poêles et casseroles. Les PFC sont persistants et s’accumulent dans les êtres vivants: certaines études ont révélé la présence de certains PFC dans les cours d’eau et les poissons (dans le foie notamment) ainsi que dans le sang humain
3,8 millions de tonnes de bisphénol A (BPA) ont été produits en 2006
Ces bouteilles contiennent notamment des phtalates, produits chimiques utilisés en tant que plastifiants et qui font partie de la famille des
Un commentaire
Mohamadou Moustapha MBENGUE
Merci pour ces infos de qualité qui peuvent nous préserver des catastrophes écologiques…