Ces cosmétiques qui nous veulent « vraiment » du bien ?
PAR NATHALIE CHÈVRE
(N’hésitez pas à commenter l’article en bas de page 🙂 )

Ce sont des gestes que nous faisons quotidiennement sans trop y penser. On se lave les cheveux et le corps avec du shampoing, du gel-douche, on applique une crème, du gel sur les cheveux, on se lave les dents…
Les cosmétiques sont omniprésents dans notre quotidien et nous promettent monts et merveilles : plus de boutons, plus de rides, laissant dans notre sillage une odeur fleurie, nous allons être si beaux !
Cet attrait pour les cosmétiques a été récemment mis en lumière par les sephora kids, ces petites filles qui mettent en ligne leur routine beauté et qui sont suivies par des milliers de followers.
Mais ces gestes quotidiens sont-ils si anodins que cela ? La réponse est clairement non.
Plus de 6 000 substances cosmétiques sur le marché européen
Avez-vous déjà regardé en détail la liste des ingrédients de vos produits cosmétiques ? Savez-vous ce qu’est le butylene glycol dicaprylate ? ou le phenoxyethanol ? Savez-vous à quoi ils servent ? Quelle est leur toxicité ? Et leur écotoxicité ?
Et avez-vous déjà compté le nombre de substances que vous utilisez chaque jour dans vos cosmétiques ? Essayez…vous arriverez facilement à plus de 400.
400 substances au quotidien que nous envoyons ensuite dans l’environnement aquatique via les eaux usées. Mais avec quel impact ?
Force est de constater que nous ne savons pas grand chose sur les effets des cosmétiques, que ce soit sur l’homme ou sur l’environnement. Et le défi est de taille : s’il existe 300 pesticides et 2 000 médicaments sur le marché en Europe, il y a plus de 6 000 substances cosmétiques. Il est donc, à l’heure actuelle, impossible de rechercher toutes ces substances dans les eaux, et encore moins d’évaluer leurs effets.
Une étude portant sur 300 gels douches et shampoings
Si l’on s’intéresse au risque que présentent les cosmétiques pour l’environnement, il faut donc d’abord faire un tri qui permettra de mettre en évidence les substances potentiellement les plus problématiques pour l’environnement parmi les 6 000 candidates.
Ce travail de fourmi, nous l’avons effectué pour les shampoings pour cheveux normaux et les gels douche en collaboration avec le Service de l’eau de la Ville Lausanne.
Première étape et non la moindre, il a fallu commencer par répertorier toutes les substances contenues dans ces produits quotidiens. Heureusement, la loi suisse oblige les fabricants à mentionner toutes les substances contenues dans le produit. Toutes ? Non pas tout-à-fait car les parfums sont mentionnés comme tels et la ou les substance(s) chimique(s) qui les composent ne sont pas nommée(s).
De manière intéressante, nous avons remarqué que le marché des cosmétiques est assez mouvant. En effet, les compositions changent très rapidement et il arrive que les ingrédients trouvés à une date donnée ne soient plus les mêmes quelques semaines après.
Qu’avons-nous donc appris ?
L’essentiel des produits sont constitués à plus de 70 % d’eau. L’eau est donc toujours en première position dans la liste des ingrédients. En effet, les composés sont donnés par ordre décroissant en terme de quantité, sauf pour les composés en dessous de 1 % qui sont mélangés.
Gel douches et shampoings sont ensuite constitués de tensioactifs et de co-tensioactifs représentant jusqu’à 20 % du produit. Les tensioactifs sont des substances qui permettent à l’eau de se mélanger aux corps gras et de mieux les évacuer quand on se rince la peau ou les cheveux. Ils ont donc des propriétés lavantes. Environ 5 % sont des adjuvants, soit des substances ajoutées à un produit pour améliorer ses propriétés, ainsi que des gélifiants.
Finalement, les ingrédients qui servent de support à la publicité pour le produit (odeur, par exemple abricot, et principes actifs, par exemple Aloe vera), de même que les colorants et les conservateurs ne constituent que 0,5 à 3 % du contenu.
Pas de grandes différences donc entre les différents gels douches, ou shampoings pour cheveux normaux. La base est la même et seuls quelques pourcents font la différence. Notons que c’est sur cette base (publicitaire) que nous choisissons nos produits !
Une liste de 31 substances prioritaires à rechercher dans les eaux
Après l’analyse de 252 gels douches et 52 shampoings, nous avons établi une liste de quelques 250 substances chimiques à étudier en détail.
Ces substances ont été passées au crible des données connues de toxicité (vis-à-vis de l’être humain) et d’écotoxicité (vis-à-vis des organismes aquatiques) et une liste prioritaire de 31 composés a été établie (cf. tableau ci-après). Elle contient quelques tensio-actifs, mais surtout des adjuvants, des parfums et des conservateurs. Certains sont déjà connus comme le méthyl-parabène ou le phénoxyethanol. Ces derniers sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens.

Le Service de l’eau de la Ville de Lausanne est en train de développer des méthodes d’analyse pour chercher ces substances et d’ici quelques temps, nous devrions pouvoir savoir si on les trouve dans les eaux. Il faudra alors évaluer si elles présentent un risque important pour les écosystèmes aquatiques.
Et pour nous qui les utilisons au quotidien, quels risques me direz-vous ? Peu de données sont disponibles ici également. Mais il existe des applications développées par des associations de consommateurs qui permettent de lire les étiquettes des cosmétiques. Par exemple pour le Fédération romande des consommateurs : https://www.frc.ch/dossiers/cosmetiques-app/ ou Que Choisir: https://www.quechoisir.org/application-mobile-quelproduit-n84731/
Ces dernières peuvent aider à un choix conscient des cosmétiques que nous utilisons.

Article posté le 10 avril 2024 par Nathalie Chèvre, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, Suisse.
Références :
-Copin et al. 2018. Étude des gels douches et des shampoings. Que cache la liste des ingrédients des produits cosmétiques ? Aqua & Gas no 6.
–Présentations du colloque de restitution du projet Cosmet’eau, 2 juillet 2018, Paris – Soins du corps ou protection de l’environnement : faut-il choisir ?



Il se vend près de 6 shampoings chaque seconde en France soit près de 200 millions de bouteilles par an
Les produits d’entretien classiques contiennent des tensioactifs (appelés aussi agents de surface ou détergents) qui permettent d’éliminer les graisses et autres salissures à la surface de matériaux. Les détergents anioniques (charge négative) et amphotériques (dont la charge dépend du pH de l’eau) sont particulièrement présents dans les produits nettoyants, en raison de leurs propriétés nettoyantes et moussantes
Les phtalates, produits à quelque 6 millions de tonnes par an dans le monde
20 millions de lave-linge tournent en France chaque jour en moyenne
La France est le 4ème consommateur mondial de médicaments : plus de 3000 médicaments à usage humain et 300 médicaments vétérinaires sont actuellement disponibles sur le marché français. Une fois que ces substances ont agi dans l’organisme, elles sont excrétées, essentiellement dans les selles et les urines, puis relarguées dans les réseaux d’eaux usées (médicaments humains) et dans les sols (médicaments vétérinaires). Une partie de ces résidus de médicaments se retrouvent donc d’une manière ou d’une autre dans le milieu aquatique. Des traces de ces composés sont d’ailleurs régulièrement détectées dans les eaux de surface et même dans les eaux de nappe
On estime que 4000 à 6000 tonnes d’écran total sont libérées chaque année dans les zones de récifs tropicales par les 78 millions de touristes qui s’y rendent
En raison de son faible coût, l’huile de palme est, depuis quelques années, très utilisée dans l’alimentation: elle est présente dans 1 produit alimentaire empaqueté sur deux vendus en Europe (chips, biscuits, crème glacée, etc.). Or, la plantation de palmiers est à l’origine de déforestation, notamment en Indonésie. Dans ce pays, 3 millions d’hectares de forêt tropicale ont été détruits à cet effet entre 1990 et 2005 et le gouvernement prévoit un plan d’expansion des plantations de palmiers à huile de 14 millions d’hectares. La conversion des forêts en palmiers à huile a montré une perte de 80 à 100% des espèces de mammifères (dont l’orang-outan), reptiles et d’oiseaux dans ces zones
Les animaux se nourrissent d’aliments (céréales, petits animaux, etc.) contenant différents polluants. Au fil du temps, ces derniers s’accumulent dans l’organisme de l’animal et en particulier dans les graisses (phénomène de bioaccumulation). Ainsi, une étude de 2010 a révélé la présence de nombreux pesticides et de PCB dans du saumon et du steak haché achetés dans des supermarchés de la région parisienne
Tout comme les fruits et légumes, le riz peut contenir différents polluants tels que des pesticides, en particulier s’il est issu d’une agriculture intensive classique (non « bio »). Ainsi, une étude de 2010 a révélé la présence d’isoprothiolane et de tricyclazole, 2 pesticides interdits d’usage en Europe, dans du riz acheté dans des supermarchés de la région parisienne
L’eau du robinet est globalement de bonne qualité en France et les normes en vigueur sont généralement respectées
Les fruits et légumes issus de l’agriculture intensive « classique » (c’est à dire non « bio ») contiennent des mélanges à faibles doses de substances chimiques classées, par les instances officielles, cancérogènes certaines, probables ou possibles ou soupçonnées d’être perturbatrices du système endocrinien. C’est ce qu’illustre notamment une étude de 2010 qui a révélé la présence de nombreux pesticides dans des produits achetés dans des supermarchés de la région parisienne
Le lave-vaisselle est généralement moins consommateur en eau (12 L) que le lavage à la main qui dépend beaucoup du manipulateur (10 à 50 L)
Le liquide vaisselle est un détergent composé d’agents nettoyants appelés tensioactifs, mais aussi de colorants, conservateurs et parfums de synthèse. Bien que les tensioactifs ont l’obligation d’être biodégradables à 90%
Les composés perfluorés (PFC), tels que le téflon, ont la propriété de repousser l’eau, les matières grasses et la poussière. Ils sont ainsi utilisés comme antiadhésif dans de nombreuses poêles et casseroles. Les PFC sont persistants et s’accumulent dans les êtres vivants: certaines études ont révélé la présence de certains PFC dans les cours d’eau et les poissons (dans le foie notamment) ainsi que dans le sang humain
3,8 millions de tonnes de bisphénol A (BPA) ont été produits en 2006
Ces bouteilles contiennent notamment des phtalates, produits chimiques utilisés en tant que plastifiants et qui font partie de la famille des
2 commentaires
Néné sonna Gasperment
Que pensez vous de l’application Yuka qui permet d’évaluer la composition des produits d’hygiène et de beauté ?
Nathalie Chèvre
Bonjour, je ne la connaissais pas. Leur site semble montrer qu’ils sont indépendants. Dans le doute, il y a toujours la possibilité de comparer entre plusieurs applications. Elles sont sensées donner des informations semblables car elles se basent sur les mêmes données.