Les risques liés à la libération du mercure par le dégel du pergélisol de l’Arctique
PAR KARA YENNY
(N’hésitez pas à commenter cet article et à me poser vos questions en bas de page 🙂 )

L’Arctique, le baromètre de la santé de la planète
Les problématiques liées au dégel du pergélisol – sol gelé en permanence – et aux risques chimiques associés restent encore peu abordées dans la recherche européenne. C’est en partant en échange à Montréal, au Québec, que j’ai compris l’importance du pergélisol dans les régions arctiques, mais également pour le monde entier. Comme l’écrit Sheila Watt-Cloutier dans son livre Le droit au froid, « L’Arctique est le baromètre de la santé de la planète. Empoisonner l’Arctique, c’est nous empoisonner tous. ». Ce qui se passe actuellement en Arctique nous révèle aujourd’hui les cascades d’enjeux qui seront engendrées plus largement demain par le réchauffement climatique. Parmi les différents enjeux, j’ai choisi d’étudier le risque lié à la libération du mercure par le dégel du pergélisol au Nunavik (Nord-du-Québec), un territoire de toundra principalement habité par des communautés inuites.
Mon but était d’analyser ce que la recherche scientifique a étudié sur le sujet et de comprendre si le risque de contamination par le mercure est réellement négligeable comme les grandes entreprises d’hydroélectricité l’affirment.
Cette analyse m’a permis de mettre en évidence des failles dans la recherche actuelle. Alors que les analyses de risques ont une tendance à généraliser les impacts environnementaux, mon travail démontre la complexité des processus de dégradation du pergélisol et de la formation du méthylmercure (MeHg), une forme particulièrement toxique du mercure, dans ces milieux. Mais commençons par le début :
D’où provient le mercure dans le pergélisol ?
Le mercure est présent naturellement dans l’environnement. Il provient notamment du volcanisme, des zones géologiquement riches en mercure, des feux de forêts ou encore d’évènements marins (Santé Canada, 2009). Toutefois, l’activité humaine provoque une augmentation des concentrations de mercure dans l’environnement, notamment à travers la combustion du charbon, l’incinération des déchets ou l’amalgamation, une technique utilisée pour extraire l’or (BIO3893 UdeM, 2026). La forme volatile du mercure (Hg(0)) lui permet de se transporter sur de longues distances. C’est ainsi que les pollutions provenant de zones géographiquement éloignées ont atteint l’Arctique où le mercure s’est déposé sous forme oxydée (Hg(II)). Une partie importante de ce mercure a ensuite été piégée dans le pergélisol, qui représente jusqu’à 67 % des réservoirs mondiaux de mercure (St Aubin et al., 2025).
Comment les lacs thermokarstiques sont-ils devenus des points chauds de méthylmercure ?
Les lacs thermokarstiques sont des étendues d’eau de différentes tailles que l’on trouve dans les paysages de pergélisol. La durée de vie des lacs thermokarstiques varie de quelques jours à plusieurs milliers d’années (Bouchard et al., 2014).
Une fois formés, les lacs thermokarstiques deviennent des lieux de transfert d’eau, de matière organique et inorganique, ainsi que de substances chimiques (Bouchard et al., 2016). Ils deviennent alors des points chauds de production microbienne de méthylmercure, grâce aux conditions anoxiques (absence d’oxygène) et à la présence de bactéries capables de transformer le mercure en méthylmercure (Figure 1).
Ce phénomène est toutefois considéré comme temporaire. Un pic de méthylation, c’est-à-dire de transformation du mercure en méthylmercure, est observé au début du dégel, puis diminue progressivement avec le temps. Cette diminution s’explique par la terralisation du système, c’est-à-dire sa transformation progressive en milieu terrestre sous l’effet du développement de la végétation, qui contribue à réduire l’activité microbienne. Le système évolue alors progressivement vers un nouvel équilibre.

Pourquoi le méthylmercure représente-t-il un risque pour la santé humaine ?
L’être humain est principalement exposé au MeHg par la consommation de poissons et de mammifères marins (Girard, 2017). Une fois dans le corps humain, le MeHg va agir comme une neurotoxine puissante, capable de traverser la barrière hémato-encéphalique et le placenta, affectant le système nerveux central, en particulier chez les fœtus et les jeunes enfants (Girard, 2017) (Figure 2). Les femmes enceintes sont donc plus concernées par les effets néfastes du MeHg.

Si, à faible dose, les effets du mercure peuvent être limités, le MeHg se bioamplifie très facilement le long d’une chaîne alimentaire (réseau trophique). Les concentrations de MeHg se multiplient à travers les prédateurs jusqu’à arriver dans l’alimentation humaine avec des taux largement plus élevés que l’espèce en bas du réseau trophique aurait pu contenir (BIO3893 UdeM, 2026). En raison de leur consommation importante de poissons prédateurs, les communautés autochtones sont donc beaucoup plus exposées au risque que les autres habitants du Québec (Girard, 2017).
L’angle mort de la recherche : les barrages cachent-ils un problème plus important ?
Le Québec dispose d’importantes ressources en énergie renouvelable grâce à son territoire, qui comporte des milliers de lacs et de rivières (Hydro-Québec, s.d.). Au Québec, les études sur les impacts environnementaux des barrages sont donc multiples, et la question du mercure est largement étudiée dans ce contexte. Néanmoins, cette attention portée aux barrages laisse dans l’ombre les risques liés à la méthylation provoquée par la création de lacs thermokarstiques. En se focalisant davantage sur les barrages, nous oublions à tort d’inclure d’autres phénomènes de méthylation qui peuvent être beaucoup plus importants et persister plus longtemps.

Tandis que l’inondation par un barrage constitue une perturbation ponctuelle avec une atténuation des effets de MeHg après seulement une décennie, la formation de lacs thermokarstiques crée des systèmes fermés d’accumulation où les taux de méthylation sont environ 3 fois plus élevés (St Aubin et al., 2025). Le fait de négliger ces processus naturels sous-estime la contamination réelle à laquelle les communautés autochtones sont exposées.
La durée de la production de MeHg suite à une inondation liée à un barrage s’étend sur une période de 8 à 10 ans (St Aubin et al., 2025). Pour les lacs thermokarstiques, la durée du phénomène est fortement liée à l’évolution du paysage, qui peut prendre des décennies, voire des siècles (Bouchard et al., 2014).
Les risques liés au mercure sont-ils sous-estimés faute d’une approche suffisamment locale ?
Les résultats des analyses de biosurveillance indiquent que le risque pour la santé de la population générale du Québec peut être considéré comme négligeable, avec une concentration moyenne de mercure dans les cheveux d’environ 1 ppm, largement sous le seuil de 14 ppm recommandé par l’OMS (Hydro-Québec, s.d.) (figure 4). Toutefois, des taux dépassant les 14 ppm sont observés dans des régions plus au nord chez les pêcheurs sportifs, se rapprochant des habitudes alimentaires des communautés autochtones vivant sur des territoires de pergélisol. Les autochtones se retrouvent alors en première ligne face au risque du mercure en raison de leurs spécificités génétiques, environnementales, alimentaires et culturelles.

Le risque d’exposition ne peut alors pas être généralisé à l’ensemble de la population du Québec, mais requiert une analyse bien plus locale. Les modèles de sécurité alimentaire actuels sont souvent conçus pour la population générale et échouent à intégrer la réalité des points chauds locaux de méthylation du mercure et des habitudes alimentaires spécifiques des communautés autochtones. Cela entraîne une mauvaise perception du risque réel subi par les communautés autochtones notamment pour les Inuits dont l’alimentation est fortement liée à l’environnement étudié dans ce rapport.
Le droit au froid : une question de justice environnementale
A travers ce travail, je me dois de présenter les enjeux du changement climatique, au-delà du risque pour la santé humaine lié au mercure. Le risque lié au mercure n’est qu’une partie du problème, cachant derrière lui des enjeux véritablement plus profonds de la pollution dans l’Arctique, accentuant la répression historique que subissent les communautés autochtones. A titre d’exemple, environ 80 % des polluants qui se retrouvent en Arctique proviennent de l’extérieur du Canada (Sheila Watt-Cloutier, 2019).
Sheila Watt-Cloutier explique dans son livre Le droit au froid que pour les autochtones le fait de devoir mettre de côté leurs aliments traditionnels n’est pas une option, car cela voudrait dire qu’il faudrait adopter un régime composé d’aliments transformés provenant du Sud, moins bien adaptés à leurs besoins nutritionnels et engendrant des problèmes financiers. Sheila Watt Cloutier en conclut que, même s’il y a des risques de toxicité liés à leur alimentation, « les éliminer complètement de leur alimentation comporterait aussi des risques, notamment sur le plan de la santé peut-être plus importants que ceux posés par les toxines. » (Sheila Watt-Cloutier, 2019).
En plus des conséquences de la pollution, le dégel du pergélisol limite l’accès à leur territoire et bouleverse leur mode de vie traditionnel, affectant non seulement leur santé, mais également la transmission de leurs savoirs. On comprend alors que la question du mercure fait partie d’un ensemble d’enjeux géopolitiques concernant l’Arctique. Les communautés qui y habitent sont parmi les premières victimes du réchauffement climatique. C’est alors une question de droit humain fondamental qui se retrouve au centre de la discussion.

Article posté le 27 août 2026 par Kara Yenny, étudiante en sciences de l’environnement à l’Université de Lausanne, Suisse.
Références bibliographiques
Bouchard, F., Francus, P., Pienitz, R., Laurion, I., & Feyte, s. (2014). Subarctic thermokarst ponds: investigating recent landscape evolution and sediment dynamics in thawed permafrost of northern québec (canada). Arctic, antarctic, and alpine research, 46(1), 251–271. Https://doi.org/10.1657/1938-4246-46.1.251
Bouchard, F., MacDonald, L. A., Turner, K. W., Thienpont, J. R., Medeiros, A. S., Biskaborn, B. K., Korosi, J., Hall, R. I., Pienitz, R., & Wolfe, B. B. (2016). Paleolimnology of thermokarst lakes: A window into permafrost landscape evolution. Arctic Science, 3(1), 91–117. https://cdnsciencepub.com/doi/10.1139/as-2016-0022
Cardinal R.-M., Roy-Léveillée, P., Gauthier, S., & Branfireun, B. (2025). Methylmercury concentrations in a degrading lithalsa field: effects of thermokarst development and revegetation. Science of the total environment, 976, 179276. https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2025.179276
Girard, c. (2017). Le mercure en arctique, de l’environnement à la santé humaine : photodéméthylation aquatique, bioaccessibilité alimentaire et interactions avec le microbiome intestinal humain. Papyrus : Institutional Repository (Université de Montréal). http://hdl.handle.net/1866/20592
Santé Canada. (2009). Le mercure et la santé humaine. Gouvernement du Canada, https://www.canada.ca/content/dam/hc-sc/migration/hc-sc/hl-vs/alt_formats/pacrb-dgapcr/pdf/iyh-vsv/environ/merc2008-fra.pdf
St-Aubin, M., Lapierre, J.-F., Ponton, D. E., Sliger, M., Gaudreault, J., Atagotaaluk, É., Fortier, D., & Amyot, M. (2025). A first run-of-river hydropower plant development in a permafrost-rich subarctic Canadian region: short-term fate of mercury and carbon. Science: Processes & Impacts. https://doi.org/10.1039/d5em00171d
Hydro-Québec (s.d.), La question du mercure pour Hydro-Québec. https://www.hydroquebec.com/developpement-durable/documentation-specialisee/mercure.html
Livres :
Le droit au froid: le combat d’une femme pour protéger sa culture, l’Arctique et notre planète écrit par Sheila Watt-Cloutier, 2019
Cours :
Ecotoxicologie (BIO3893), 2026 donné par Marc Amyot à l’Université de Montréal



Il se vend près de 6 shampoings chaque seconde en France soit près de 200 millions de bouteilles par an
Les produits d’entretien classiques contiennent des tensioactifs (appelés aussi agents de surface ou détergents) qui permettent d’éliminer les graisses et autres salissures à la surface de matériaux. Les détergents anioniques (charge négative) et amphotériques (dont la charge dépend du pH de l’eau) sont particulièrement présents dans les produits nettoyants, en raison de leurs propriétés nettoyantes et moussantes
Les phtalates, produits à quelque 6 millions de tonnes par an dans le monde
20 millions de lave-linge tournent en France chaque jour en moyenne
La France est le 4ème consommateur mondial de médicaments : plus de 3000 médicaments à usage humain et 300 médicaments vétérinaires sont actuellement disponibles sur le marché français. Une fois que ces substances ont agi dans l’organisme, elles sont excrétées, essentiellement dans les selles et les urines, puis relarguées dans les réseaux d’eaux usées (médicaments humains) et dans les sols (médicaments vétérinaires). Une partie de ces résidus de médicaments se retrouvent donc d’une manière ou d’une autre dans le milieu aquatique. Des traces de ces composés sont d’ailleurs régulièrement détectées dans les eaux de surface et même dans les eaux de nappe
On estime que 4000 à 6000 tonnes d’écran total sont libérées chaque année dans les zones de récifs tropicales par les 78 millions de touristes qui s’y rendent
En raison de son faible coût, l’huile de palme est, depuis quelques années, très utilisée dans l’alimentation: elle est présente dans 1 produit alimentaire empaqueté sur deux vendus en Europe (chips, biscuits, crème glacée, etc.). Or, la plantation de palmiers est à l’origine de déforestation, notamment en Indonésie. Dans ce pays, 3 millions d’hectares de forêt tropicale ont été détruits à cet effet entre 1990 et 2005 et le gouvernement prévoit un plan d’expansion des plantations de palmiers à huile de 14 millions d’hectares. La conversion des forêts en palmiers à huile a montré une perte de 80 à 100% des espèces de mammifères (dont l’orang-outan), reptiles et d’oiseaux dans ces zones
Les animaux se nourrissent d’aliments (céréales, petits animaux, etc.) contenant différents polluants. Au fil du temps, ces derniers s’accumulent dans l’organisme de l’animal et en particulier dans les graisses (phénomène de bioaccumulation). Ainsi, une étude de 2010 a révélé la présence de nombreux pesticides et de PCB dans du saumon et du steak haché achetés dans des supermarchés de la région parisienne
Tout comme les fruits et légumes, le riz peut contenir différents polluants tels que des pesticides, en particulier s’il est issu d’une agriculture intensive classique (non « bio »). Ainsi, une étude de 2010 a révélé la présence d’isoprothiolane et de tricyclazole, 2 pesticides interdits d’usage en Europe, dans du riz acheté dans des supermarchés de la région parisienne
L’eau du robinet est globalement de bonne qualité en France et les normes en vigueur sont généralement respectées
Les fruits et légumes issus de l’agriculture intensive « classique » (c’est à dire non « bio ») contiennent des mélanges à faibles doses de substances chimiques classées, par les instances officielles, cancérogènes certaines, probables ou possibles ou soupçonnées d’être perturbatrices du système endocrinien. C’est ce qu’illustre notamment une étude de 2010 qui a révélé la présence de nombreux pesticides dans des produits achetés dans des supermarchés de la région parisienne
Le lave-vaisselle est généralement moins consommateur en eau (12 L) que le lavage à la main qui dépend beaucoup du manipulateur (10 à 50 L)
Le liquide vaisselle est un détergent composé d’agents nettoyants appelés tensioactifs, mais aussi de colorants, conservateurs et parfums de synthèse. Bien que les tensioactifs ont l’obligation d’être biodégradables à 90%
Les composés perfluorés (PFC), tels que le téflon, ont la propriété de repousser l’eau, les matières grasses et la poussière. Ils sont ainsi utilisés comme antiadhésif dans de nombreuses poêles et casseroles. Les PFC sont persistants et s’accumulent dans les êtres vivants: certaines études ont révélé la présence de certains PFC dans les cours d’eau et les poissons (dans le foie notamment) ainsi que dans le sang humain
3,8 millions de tonnes de bisphénol A (BPA) ont été produits en 2006
Ces bouteilles contiennent notamment des phtalates, produits chimiques utilisés en tant que plastifiants et qui font partie de la famille des